Passer d’une société par actions simplifiée à une société à responsabilité limitée, dont la définition, le capital et le fonctionnement de la SARL diffèrent sensiblement, relève du changement de forme juridique. L’entreprise ne disparaît pas et ne renaît pas : elle conserve son numéro SIREN, ses contrats et son patrimoine. Ce qui évolue, ce sont les statuts, la direction et le régime social du dirigeant. Voici comment procéder pour transformer une SAS en SARL, dans quel ordre et à quel prix.
Transformer une SAS en SARL : ce qu’il faut savoir avant de se lancer
La transformation SAS en SARL se déroule en six étapes, de la préparation à l’immatriculation modifiée. Chacune repose sur un document ou une formalité précise, et l’ordre compte.
- Vérifier que la société peut devenir une SARL (nombre d’associés, capitaux propres, dirigeant).
- Faire intervenir, si nécessaire, le commissaire à la transformation pour établir son rapport.
- Rédiger les nouveaux statuts aux règles de la SARL.
- Réunir la décision collective des associés (assemblée générale extraordinaire) et voter la transformation.
- Publier une annonce légale dans un journal d’annonces légales (JAL).
- Déclarer la modification au guichet unique, qui transmet au greffe du tribunal de commerce pour la mise à jour du RNE et du Kbis.
Les motivations sont variées. Beaucoup de dirigeants cherchent à réduire leurs cotisations sociales en devenant gérant majoritaire. D’autres veulent un cadre plus encadré pour la cession des titres, avec l’agrément des associés, ou une gouvernance plus classique pour une entreprise familiale. Le statut de conjoint collaborateur peut aussi entrer en ligne de compte, sous certaines conditions.
Même SIREN, même société : pas de dissolution
La transformation ne crée pas de personne morale nouvelle. Pas de liquidation, pas de nouveau numéro d’immatriculation, pas de transfert de contrats. Les engagements en cours se poursuivent normalement, y compris les baux et les contrats avec les banques, même s’il est prudent de prévenir les partenaires clés.
Les conditions à remplir pour transformer une SAS en SARL
La première limite tient au nombre d’associés : une SARL ne peut pas dépasser 100 associés. Une SAS qui en compte davantage doit d’abord réduire son actionnariat, par exemple par des rachats ou des fusions de participations. Une société dont les titres sont admis sur un marché réglementé ne peut pas non plus adopter cette forme.
La société doit ensuite désigner au moins un gérant, obligatoirement une personne physique. Le président de SAS peut devenir gérant, mais ce n’est pas automatique : la nomination doit figurer dans les nouveaux statuts ou dans la décision de transformation. Si la direction passe à une personne morale, comme une holding, la transformation est bloquée tant que ce point n’est pas réglé.
Les capitaux propres doivent également être au moins égaux au capital social, ce que l’expert-comptable ou le commissaire vérifie sur la base d’un bilan récent. Enfin, il faut relire les statuts actuels de la SAS : ils fixent souvent les règles de majorité et de quorum pour une décision de transformation, ainsi que d’éventuelles clauses (inaliénabilité, exclusion, préemption) qui devront être reprises ou abandonnées.
Les étapes de la transformation, de la décision à la publication

Commissaire à la transformation et modification des statuts
Le commissaire à la transformation établit un rapport sur la situation de la société et atteste que les capitaux propres couvrent bien le capital social. Son intervention dépend de la situation : si la SAS a déjà un commissaire aux comptes, c’est généralement lui qui est mandaté. Sinon, la désignation d’un commissaire n’est pas toujours exigée pour une SARL, et le point mérite d’être confirmé avec votre conseil avant de dépenser. Quand il intervient, le rapport du commissaire est mis à disposition des associés avant le vote.
La modification des statuts constitue le cœur du dossier. Il s’agit de rédiger de nouveaux statuts conformes au régime de la SARL : dénomination suivie de la mention « SARL », répartition du capital en parts sociales, pouvoirs et durée du mandat du gérant, règles de décision collective et conditions d’agrément pour les cessions. Les statuts d’origine ne peuvent pas être repris tels quels, car la liberté contractuelle de la SAS est bien plus large que le cadre de la SARL.
Vote en assemblée, annonce légale et déclaration au guichet unique
La décision collective des associés se prend en assemblée générale extraordinaire ou par consultation écrite, selon ce que prévoient les statuts de la SAS. Le procès-verbal doit mentionner l’approbation de la transformation, des nouveaux statuts, la nomination du ou des gérants et, le cas échéant, la fin des fonctions du président. Si les statuts ne disent rien sur la majorité requise, mieux vaut viser l’unanimité pour éviter tout risque de contestation.
Une fois le vote acquis, la société publie une annonce légale dans un journal d’annonces légales du département du siège. Elle dépose ensuite son dossier sur le guichet unique, avec le procès-verbal, les nouveaux statuts, l’attestation de parution et les justificatifs d’identité du gérant. Le greffe du tribunal de commerce met à jour le RNE, puis délivre un nouveau Kbis qui affiche la forme SARL. C’est cette inscription qui rend la transformation opposable aux tiers.
Quelles conséquences fiscales et sociales pour la société et le dirigeant ?
Sur le plan fiscal, la transformation d’une SAS en SARL ne provoque en principe ni cessation d’activité ni création d’une nouvelle société. La SAS étant soumise à l’impôt sur les sociétés, la SARL le reste sans interruption d’exercice, avec la même comptabilité. Une SARL de famille peut opter pour l’impôt sur le revenu sous conditions, mais cette option relève d’un choix distinct à étudier avec un expert-comptable.
Le véritable sujet est social. Le président de SAS est assimilé salarié et relève du régime général, avec des cotisations sociales élevées mais une bonne protection. Le gérant majoritaire de SARL relève du régime social des travailleurs non salariés (TNS), pour des cotisations souvent autour de 45 % de la rémunération nette, contre environ 80 % pour un assimilé salarié. Ces ordres de grandeur varient selon le niveau de rémunération, les protections choisies et la situation personnelle.
Les dividendes changent aussi de traitement. Pour un gérant majoritaire, la part de dividendes qui dépasse 10 % du capital social (augmenté des primes d’émission et des sommes en compte courant) supporte des cotisations sociales. Ce point peut annuler une partie du gain attendu pour les dirigeants qui se paient surtout en dividendes.
| Critère | SAS (avant) | SARL (après) |
|---|---|---|
| Dirigeant | Président (personne physique ou morale) | Gérant, obligatoirement une personne physique |
| Statut social | Assimilé salarié | TNS si gérant majoritaire, assimilé salarié si minoritaire ou égalitaire |
| Cession des titres | Libre, sauf clauses statutaires | Agrément des associés dans de nombreux cas |
| Nombre d’associés | Pas de plafond | 100 maximum |
| Imposition | Impôt sur les sociétés | Impôt sur les sociétés (option IR possible dans certains cas) |
Combien coûte la transformation et en combien de temps ?
Le budget se compose de quelques postes bien identifiés. L’annonce légale coûte en général entre 150 et 250 euros selon le département et la longueur du texte. Les frais de formalité au guichet unique et au greffe se situent le plus souvent entre 50 et 200 euros. Les honoraires d’un juriste ou d’un expert-comptable pour la rédaction des statuts et du procès-verbal varient de quelques centaines à 1 500 euros environ, selon la complexité du dossier.
Si un commissaire à la transformation est nécessaire, comptez plusieurs centaines à quelques milliers d’euros pour son rapport. Ces montants sont des ordres de grandeur, à confirmer par devis. Côté délais, comptez deux à quatre semaines entre la décision de lancer le projet et le Kbis mis à jour, sachant que la convocation des associés et le délai de traitement du greffe pèsent le plus.
Le recours à un accompagnement se justifie dès que la rédaction des statuts ou le calcul de l’impact social du gérant devient délicat. Une plateforme en ligne peut suffire pour un dossier simple avec peu d’associés. Pour une société avec clauses spécifiques, un avocat ou un expert-comptable évite des erreurs coûteuses.
Questions fréquentes sur le passage de la SAS à la SARL

La transformation crée-t-elle une nouvelle société ?
Non. La personne morale reste la même, avec son SIREN, son patrimoine et ses contrats. Seule la forme juridique change, et le Kbis est mis à jour.
Le commissaire à la transformation est-il obligatoire ?
Pas systématiquement. Son rôle est de vérifier que les capitaux propres atteignent le capital social, et la société peut parfois s’appuyer sur son commissaire aux comptes. Demandez confirmation à votre conseil selon votre situation.
Le président devient-il automatiquement gérant ?
Non. Le gérant doit être nommé expressément dans les nouveaux statuts ou par la décision des associés. Il doit être une personne physique.
Peut-on transformer une SAS de plus de 100 associés ?
Pas en l’état. Il faut d’abord ramener le nombre d’associés à 100 au plus, puis lancer la procédure.
Quelles formalités accomplir après le vote ?
Publier l’annonce légale, déposer le dossier au guichet unique et vérifier la mise à jour du RNE et du Kbis. Pensez aussi à informer la banque, les assurances et les principaux partenaires.





